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33E DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

15.16 NOVEMBRE 2014


Chers frères et soeurs,

Nous arrivons à la fin d’un cycle liturgique, avec ce 33e dimanche du

temps ordinaire. Dimanche prochain nous célébrerons le Christ Roi de

l’Univers et dans 15 jours nous entrerons dans l’Avent, prélude joyeux et

attentif à l’accueil de Jésus Sauveur de notre humanité.

Alors aujourd’hui, je dois reconnaître que la Parole de Dieu que l’Eglise

nous propose m’a réjoui et je voudrais vous partager cette joie. En effet,

Jésus parle de sa venue et il nous présente la situation de cet homme qui

distribue ses talents à ses serviteurs, avant de partir en voyage. La parabole

a été expliquée de très nombreuses fois et j’avoue que le risque majeur du

péché d’orgueil pour le premier serviteur ayant bien travaillé m’a toujours

gêné. Je pense avoir compris pourquoi. La clef de lecture est dans les 3

autres textes de la Parole de Dieu que nous venons d’entendre. La clef,

c’est la femme.

Cette page de l’évangile est exclusivement masculine et pour la pertinence

de l’histoire, c’était obligatoire. Parce que les hommes savent bien que

sans les femmes, ils ne pourraient pas faire fructifier les talents qui leur ont

été confiés. Mais l’orgueil des hommes les fait devenir timides dans

l’expression de leur reconnaissance qu’ils vont penser être un aveu de

faiblesse, et donc ils ne disent rien. Quand ils essaient de le dire, cela

surprend tellement que leur femme se demande s’ils n’ont pas quelque

chose de très grave à annoncer.

Revenons donc sur cette joie de l’évangile, annoncée par les autres textes

de ce jour et qui présentent la femme comme le remède à l’orgueil.

« La femme vaillante est infiniment plus précieuse que les perles »

proclame le livre des Proverbes. Jésus présente la joie nouvelle et

définitive du marchand de perles qui va vendre tout ce qu’il a pour

acquérir celle qu’il vient de trouver. Cette femme – une vraie perle – va

être reconnue dans toute sa valeur ; elle va l’éloigner du malheur et lui

donner du bonheur. Ensemble ils vont craindre le Seigneur, c’est-à-dire

l’adorer, le reconnaître comme le Dieu véritable qui les a unis pour

s’enrichir encore de nouveaux talents.

C’est ce que le psaume confirme, comme une béatitude : « Heureux es-tu !

ta femme sera dans ta maison comme une vigne généreuse ».

Et saint Paul, en rapprochant la venue du Seigneur des « douleurs sur la

femme enceinte », permet même que l’on comprenne que cette attention

exclusivement féminine est le signe de la vigilance et de la fidélité à Dieu.

Alors quand le jour du Seigneur arrivera, grâce à la vigilance des femmes,

nous ne serons pas surpris, car pas endormis « comme les autres ». C’est

donc grâce aux femmes que nous serons sauvés. Et même pour être plus

précis, puisqu’il s’agit des douleurs de l’enfantement, c’est grâce aux

mères que nous serons sauvés. Cela veut dire que nous aurons compris que

nos talents ne servent pas à notre gloire personnelle, tout comme les

enfants ne servent pas à la gloire des mamans. Elles n’ont pas besoin de

cette gloire, cela ne correspond absolument pas à leur caractère ou leur

manière de penser et d’être : elles savent le prix de la vie, sa fragilité, les

angoisses et les souffrances que cela provoque ; elles savent tout l’enjeu de

l’éducation surtout quand elles ont la certitude que leur mari est lui-même

encore un grand enfant à éduquer ! Alors, par elles, restons sobres, nous

les hommes, avec nos talents ! Restons vigilants plutôt que de nous

transformer en coqs aux ergots surdimensionnés qui ne prouvent rien.

Ainsi la venue du Seigneur peut effectivement être l’occasion de célébrer

les femmes, et notamment celles qui nous ont mis au monde. Elles ont

connu pour nous les douleurs de la femme enceinte. Elles nous ont porté

avec une joie indicible, une angoisse intense, et des projets tous plus

exceptionnels pour leur petit à venir, forcément plein de talents. Voilà

pourquoi la venue du Seigneur est une belle occasion, chaque année dans

la liturgie, mais dans un acte de vigilance attentive, de rendre grâce à Dieu

pour la vie reçue, par Dieu et par notre maman. Dans cette alliance

fémino-divine, tout n’est pas parfait, ne serait-ce qu’à commencer par le

premier résultat visible et immédiatement accessible : nous ! mais au-delà

des imperfections de la vie, de notre vie, de la vie de notre mère, la

question demeure : « qu’as-tu fait de tes talents ? ».

Nous voyons bien que quand le pape François appelle à une nouvelle place

des femmes dans l’Eglise, c’est bien pour hâter le salut que Dieu nous

offre par son Fils, c’est bien pour développer les talents des hommes avec

plus de simplicité et plus de sainteté. Il y a quelques mois, j’ai annoncé la

création d’une Confrérie Saint-Jacques. L’intensité du travail missionnaire

à Dieppe n’a pas encore permis que cette confrérie voie le jour, mais ce

thème pourrait précisément être un sujet de travail et de réflexion, sur la

place des femmes dans la paroisse de Dieppe, dans la perspective de hâter

le salut du monde par le retour du Christ en gloire. A partir des textes du

magistère, notamment des encycliques Humanae Vitae de Paul VI et

Mulieris dignitatem de Jean-Paul II, il y a de la matière pour sortir du

prisme sans avenir de la femme-prêtre et des catégories figées de la

maman-catéchiste, de la secrétaire paroissiale ou encore de la sacristine.

Parce que les femmes ne sont pas dans la logique masculine des talents,

mais dans la vocation à la vie, pour la vie du monde.

Le « serviteur mauvais et paresseux » ne devrait pas exister s’il regardait

les femmes. Il découvrirait alors que son petit talent caché s’est appauvri

pendant que les femmes ne prennent même pas le temps de se demander

s’il fallait le faire fructifier ou non. Il découvrirait que pendant qu’il se

pose des questions, la femme a déjà la réponse. Il découvrirait que sa

méchanceté et sa paresse ont été comblées par l’engagement des femmes

qui n’ont pas laissé le diable déposer sa poussière de l’orgueil et que par

leur prière et leur action, elles ont été fidèles au Seigneur tout en tendant la

main au malheureux.

Alors aujourd’hui, frères et soeurs, pour hâter le retour du Christ en gloire,

je voudrais vous inviter à deux choses. Pour certains ce sera peut-être

délicat, mais le Christ consolateur veut aujourd’hui guérir nos coeurs

orgueilleux ou rendus orgueilleux par les affres de la vie. Je voudrais vous

inviter maintenant à réciter un « je vous salue Marie », chacun pour notre

maman. Il y a des coeurs blessés, des histoires très dures, des blessures

profondes et toujours vives. Mais nous voulons dire aujourd’hui au Christ

qu’il est notre sauveur et que le Oui de notre maman pour notre vie, quelle

que soit notre maman, rejoint le Oui de Marie à la vie du Messie en elle.

« Je vous salue Marie… ».

Et puis je voudrais demander une chose aux femmes et une chose aux

hommes : que maintenant, dans cette église, les femmes se lèvent et que

les hommes les applaudissent.


Amen.


Geoffroy de la Tousche

Curé de Dieppe

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